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 Qui est Pan Pam ?

PanPam, dit: "Marc-Éric Pantillon" (ou l'inverse)
Fondateur de la société Pan Pam Airlines
Instructeur licencié et pilote biplace de parapente à Leysin dans les Alpes Suisses.
Personnage hautement sympathique qui allie passion du vol et satisfaction de faire partager son plaisir à tout un chacun.

L'éditeur
 


 Revue de presse
Construire No 32

L'homme aux semelles de vent

Aux côtés de Marc-Eric Pantillon, instructeur de parapente, nous avons survolé Leysin et côtoyé les cimes. Récit d'un haut vol

«Le parapente biplace de la compagnie Pan Pam Airlines à destination du Ciel s'apprête à décoller, veuillez attacher vos harnais de sécurité et enfiler votre casque. L'instructeur de bord, Marc-Eric Pantillon, vous souhaite un agréable survol de Leysin.» C'est en ces termes qu'aurait pu s'exprimer notre guide pour cette invitation au voyage - véritable vol petit-courrier reliant le plancher des vaches au ciel des oiseaux, par la simple magie d'une toile en kevlar et de quelques préceptes d'aérologie.

Nous sommes bien épaulés: Marc-Eric Pantillon (Pan-Pan pour les intimes) pratique cette discipline depuis presque vingt ans. Originaire de la région neuchâteloise, l'un des berceaux de ce sport en Suisse, il mène une double vie de technicien hydraulique à l'EPFL de Lausanne et d'instructeur agréé de parapente à Leysin. «Il y a une similitude entre l'eau et l'air, ce sont deux éléments paradoxalement assez proches», précise-t-il. Par ailleurs, ce père de famille de 45 ans s'occupe de tout l'aspect graphique et visuel de son école de parapente professionnelle, Pan Pam Airlines. Bref, un véritable homme-orchestre, qui manie les freins du biplace comme il gère sa vie, avec passion et sérénité. Le profil parfait pour nous initier aux joies d'un premier saut qui risque de ne pas manquer d'air

Un «360 degrés»

Alors que Panpan est rapidement rentré chez lui pour nourrir l'un de ses deux enfants, nous prenons les télécabines depuis Leysin avec son collègue Eric Viret. Peu loquace, ce testeur de voile pour une grande marque de parapente a les yeux qui s'illuminent dès que l'on aborde le sujet: «Je peux voler toute une journée sans poser pied à terre.» Un peu moins téméraire et quelque peu angoissé à l'idée de se jeter dans le vide, nous nous contenterons simplement de quelques minutes de vol. Direction la Berneuse (2048 mètres), où se trouve un site pour décoller, un «360 degrés» comme ils disent, qui permet de partir de cinq aires différentes. «On trouve toujours un moyen pour se lancer, quelle que soit l'orientation du vent», lance l'insatiable Eric Viret. La pente d'ordinaire enneigée a revêtu son manteau vert et rocailleux. Le calme règne dans la cabine, seuls le chant de quelques oiseaux et le cliquetis de l'installation au passage des pylônes viennent perturber le silence majestueux de la montagne. Les paravalanches dressés sont orphelins de la neige qui les enveloppe lors de la saison d'hiver. Après un quart d'heure de montée, on réalise que pour descendre, nous devrons refaire ce trajet par la voie des airs.

Emportés par les vents

Arrivés au sommet, le restaurant tournant Kuklos nous fait face. Aujourd'hui, il restera statique. Le soleil joue à cache-cache, pointant ses rayons par intermittence. Malgré le froid qui pique, les conditions sont favorables. Les thermiques, ces mouvements d'air verticaux qui permettent d'aller plus haut, sont idéaux. Ceux-ci se repèrent en observant les nuages ou les feuilles des arbres. «La connaissance de l'aérologie et de la météo est primordiale dans ce sport», explique Marc-Eric Pantillon, qui nous a rejoints. Panpan enfile sa combinaison et branche un kit mains libres sur son portable qui lui permet de fixer des rendez-vous en pleine action. Attention, port du casque obligatoire. Gants et lunettes de soleil enfilés, il déroule les 42 mètres carrés de toile du parapente.

La pression monte

Les minutes s'égrènent lentement. Le moment du grand saut se fait inéluctable. Par hasard, au même instant, le patron du Kuklos entonne l'hymne national à l'aide de son cor des Alpes, conférant ainsi des accents solennels et dramatiques à la performance qui va suivre. Alors que la gorge se fait plus sèche et que le palpitant martèle à qui mieux mieux contre les parois de la cage thoracique, Panpan nous accroche aux harnais de la voile. Les nombreux fils qui nous relient à la toile du parapente semblent ténus: «La finesse des suspentes impressionne toujours les clients, mais elles peuvent supporter jusqu'à 1800 kilos», nous rassure le maître. Encore quelques secondes d'attente, le temps que le soleil resurgisse de derrière un nuage et que les vents se lèvent. Panpan achève la première phase de contrôle du matériel. Tout semble tenir normalement. Ensuite, on s'attelle au gonflage du biplace. Sous la toile dressée, tel un aigle déployant ses ailes, Panpan traque d'éventuelles déchirures ou moindre petit trou. Rien à signaler. «Si jamais, il y a un parachute de secours...», nous dit-il, un sourire en coin. On souhaite qu'il n'y ait pas de «si jamais...»

Le grand saut

Le rêve d'Icare est presque à portée d'aile. Le soleil repointe le bout de ses rayons. Vissé dans notre dos, Panpan nous fait signe que l'on va pouvoir s'élancer. Face au vent. «La phase critique, c'est le décollage.» Point de non-retour. On prend alors son courage à deux mains et ses jambes à son cou, mais dans le sens de la pente. Au milieu de la caillasse et de l'herbe, notre course ressemble à celle d'un pantin désarticulé. Ou peut-être, un étrange animal à quatre jambes avec une énorme carapace jaune fluo. Tout à coup, nos semelles quittent la terre ferme. Intrusion dans les airs. Puis, ascension de quelques mètres, destination le septième ciel.

Nos amis les paysages

Le parapente prend immédiatement de la vitesse pour atteindre son allure de croisière qui avoisine les 40 km/h. Dirigeant la manœuvre à l'aide de freins, Panpan nous rassure: «Il faut rester zen». L'air enrobe notre corps, bien installée dans une sorte de sellette. On tournoie au-dessus des cimes et virevolte en dessous des cumulus. L'appréhension se mue en sensation. Ça y est, la montagne accouche d'un sourire. «Ma motivation, c'est le plaisir des gens», s'exclame Panpan en constatant notre air béat.
De là-haut, à près de 2500 mètres, nous touchons de l'œil un panorama irréel et fantastique. On peut disserter avec le Léman, plaisanter avec le lac de la Gruyère, bavarder avec le Mont-Blanc et rigoler avec le Cervin. Les paysages sont nos amis. Si lointains et si proches. La hauteur révèle toute la beauté d'une région. Finalement, c'est pas si mal que ça, chez nous, en Suisse. «L'effet maquette est intéressant, c'est différent de voir les choses de haut», confie Marc-Eric Pantillon, qui lui-même construit des modèles réduits de rivières pour l'EPFL.

Proie d'atterrissage

Après avoir fendu l'air pendant une trentaine de minutes, nous amorçons la descente sur Leysin. Un dernier rase-mottes au-dessus du Kuklos, un petit crochet vers les Tours-d'Aï. Puis, sans essuyer de trop grosses turbulences, nous piquons sur notre proie d'atterrissage «le petit champ entre les deux maisons.» Tout en douceur et maîtrise, Panpan nous y pose sans aucune secousse. Retour sur ce cher plancher des vaches après avoir flirté avec les grands espaces aériens.
Enivré de sensations, presque groggy, on met quelques minutes à recouvrer ses esprits. Quant à Panpan, calmement, il remballe méticuleusement la gigantesque voile du biplace. Puis, croulant sous les 22 kilos de son sac, il prend congé. Et là, la tête toujours dans les nuages, nous regardons l'homme aux semelles de vent gravir la pente vers ces cimes qu'il affectionne tant.

Selim